Mesure d'audience ROI statistique webanalytics par WebAnalytics PAQUEBOT MOONTA-LYDIA: Témoignages de passagers du Lydia

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Une production Xavier Cuvelier-Roy ®

vendredi 11 décembre 2015

Témoignages de passagers du Lydia


 Dernière mise à jour le 03.10.2020


Témoignage de Marc ROGIER :

 Il y a quelques années en nous baladant le long de la côte méditerranéenne à Port Barcarès, nous découvrîmes un bateau volontairement échoué sur la plage et qui avait été transformé en restaurant–boîte de nuit. Il s’agissait d’un cargo mixte que je ne reconnaissais pas de loin car la coque était noire mais en m’approchant je découvrais son nom : LE LYDIA ; et celui-là je le connaissais bien ! Mais à l’époque où je l’avais emprunté il était tout blanc et je me plaisais à dire déjà à ce moment-là qu’il s’agissait d’un vieux rafiot ne tenant que par la peinture qui devait être à l’eau…

 

Cela nous ramène à l’été 1965, j’ai le 2°bac dans la poche et je me prépare à rentrer en fac. Un soir vers le mois d’avril, assis avec des copains à boire une bière, la discussion s’est enflammée et, je ne sais pourquoi, nous avons parié de nous retrouver tous, le 15 août à midi à la Grand-Poste de Beyrouth. Le défi me plaisait bien, je commençais m’organiser et avais décidé de partir avec Michel D. (un camarade sympathique mais que je connaissais relativement peu). Nous avions choisi le bateau, moyen de transport qui s’annonçait le plus économique pour entamer un voyage qui nous permettra de visiter le Liban et partiellement la Syrie et la Jordanie. Nous prîmes des billets pour embarquer sur le fameux Lydia qui tournait régulièrement dans la Méditerranée avec les étapes suivantes : Marseille, Gênes, Naples, le Pirée, Limassol, Alexandrie, Port-Saïd, Beyrouth.


Source, crédit photo : collection personnelle Olivier Alba, © photothèque Lydia Moonta.

S’agissant d’un paquebot mixte, l’intérêt était que chaque escale durait au moins 6 à 24 heures pour charger et décharger le fret.

C’est le jeudi 29 juillet que nous appareillâmes de Marseille pour débarquer définitivement le 7 août à Beyrouth. Nous étions en troisième classe c’est-à-dire logés soit à fond de cale, soit dès que le temps le permettait, sur le pont. Nous nous ravitaillions dans les ports mais parfois nous cantinions au « restaurant ». Je garde un excellent souvenir de cette traversée où nous passions notre temps à lire au soleil sur le pont quand nous étions en mer. J’aimais quand par grand vent, la mer devenue tempétueuse prenant une teinte presque noire soulignée par des crêtes d’écume avec un ciel d’un bleu éclatant, nous balançait dans tous les sens (contrairement à Michel, mon passage de 20 jour sur le chalutier le « Constantine » m’avait définitivement endurci contre tout risque de mal de mer).

Parfois le soir, un film était projeté en plein air.

Enveloppés dans nos sacs de couchage à même le pont, le sommeil n’était pas toujours facile à venir de par les cris, appels et injonctions des dockers mal couverts par le bruit des grues.

Nous profitions de chaque escale pour visiter le port, voir éventuellement plus loin la ville selon le temps imparti. Avec deux temps forts : Naples, et bien sûr Athènes que je retrouvais avec joie. Une mention spéciale pour le passage impressionnant du canal de Corinthe où je voyais d’en bas le pont que j’avais emprunté un an auparavant.



CARNET DE BORD (1965, j’ai alors 19 ans)

 

 Source, crédit photo : collection personnelle Marc Rogier


JEUDI 29/07/1965

 

Nous quittons l'appartement de monsieur L. pour nous rendre dans le quartier du port où nous avons également quelques emplettes à faire. Il fait déjà très chaud et les bagages à main sont pénibles à porter. Nous déjeunons dans un petit café­-restaurant du port juste avant d'embarquer sur le LYDIA, paquebot mixte (qui semble être un véritable rafiot). Nous faisons la queue pendant trois quart d'heure pour les vérifications des billets. Nous voilà sur le bateau, un peu désemparés sachant que nous devrons y rester 9 jours. Apparemment on a l'impression d'être parqués comme des bêtes.

Tout le monde court, s'affaire et le bateau appareille à 16 heures, donc
avec une heure de retard. Nous longeons la côte pour rejoindre Gènes.
Nous passons donc une bonne partie du temps
à admirer le paysage. Le soir nous décidons d’acheter des sandwichs à la cuisine du navire. Nous en mangeons 4 au fromage et sommes complètement bourrés, puis nous allons sur le pont avant dormir entre les voitures.

 

VENDREDI 30/7/65

Nous n'avons pas passé une bonne nuit, vu que nous avons été dérangés par une idiote à moitié saoule et par le bruit des vagues auquel nous ne sommes pas encore habitués. Nous arrivons à Gènes à 6 heures où nous nous mettons en quête d'une banque. Aussitôt en possession de monnaie italienne, nous allons prendre un modeste petit déjeuner.
Puis nous nous mettons
à parcourir cette ville dont les petites rues
étroites et grouillantes de monde sont très pittoresques. Nous décidons d'acheter du pain, du fromage, du saucisson, et des fruits afin de ne plus avoir
à acheter des sandwichs. Après une brève visite du port (involontaire car nous nous étions perdus) Nous remontons à bord du Lydia, celui-ci devait quitter Gènes à 15 heures, mais n’appareillons qu’à 17 heures 30. Le bateau a donc déjà du retard qui sera accentué par une mauvaise mer ralentissant la marche du navire en le faisant désagréablement tanguer et rouler. C'est l'heure de La vérité pour la plupart­ des passagers. Michel ne se sent pas la force de prendre le repas avec Marc. Le soir nous nous couchons sur le pont supérieur et Marc reste une petite heure à regarder des jeunes qui dansent malgle roulis.

 

SAMEDI 31/7/65

Le temps est plus clément ce matin et la nuit n'a pas été trop mauvai­se. Nous passons la journée sur le bateau à lire, à bronzer, et à manger nos provisions, surtout nos trois kilos de fruits. 
Evidement nous n'oublions pas nos deux douches quotidiennes, que
nous allons prendre en deuxième classe en essayant de ne pas se faire,
éjecter, ce qui arrive parfois. Nous faisons connaissance d'un groupe de jeunes de Clermont-Ferrand avec qui nous jou­ons aux cartes. Le soir nous arrivons à Naples, où l’odeur du port n’est pas très engageante. Nous n’y resterons que deux heures, sans possibilité de débarquer.
L'arrivée de Naples la nuit est cependant très jolie. A II heures nous
repartons vers Athènes.

 

DIMANCHE  01/08/65

Le trajet s'écoule toujours aussi monotone, il n'y a donc rien à signaler

 

LUNDI 2/8/65

Le canal de Corinthe a offert aux passagers un peu de distractions

Nous avons cependant toujours du retard, aussi arrivons nous en vue d'Athènes la nuit tombée. La baie du Pyrée illuminée est magnifique. Aux dire des « officiels » , l'amarrage du Lydia a failli tourner au tragique: il s'en est fallu de peu parait-il que nous ne rentrions dans le quai (drossés par le vent) et que nous ne renversions un remorqueur. Le Lydia a bien envoyé 35 coups de trompe en une demie heure : ça commen­çait à tourner à la panique. Enfin grâce à la virtuosité du capitaine nous sommes arrivés à bon port.

 

MARDI 3/8/65

Nous avons essayé de dormir malgré le bruit incessant des treuils, des monte charges et des engueulades continuelles des manœuvres grecs.
N'ayant pas le temps d'attendre que le groupe de jeunes de Clermont nous apporte notre petit déjeuner qu'ils chipent
à la salle à manger, nous partons visiter Athènes. /…./

Puis nous repartons en métro pour la plage où nous nous baignons à nouveau, reprenons une dernière fois le métro et déjeunons au Pyrée avant de remonter à bord du Lydia qui accuse toujours du retard.

 

MERCREDI 4/8/65

Vie habituelle : bronzage, lecture. Un français et surtout sa femme, montés à Athènes, n’arrêtent pas de se plaindre et de dire qu'ils ont tout fait et tout vu. Nous décidons de descendre au “restaurant” où l’on doit parfois attendre une heure pour être servis le serveur n'étant pas toujours de bonne humeur.

 

 

JEUDI 5/ 8/65

On arrive à Alexandrie vers 9 heures. De loin cela nous semble assez triste. Sur le quai un magicien amuse les passagers pendant que s'effectuent les paperasseries administratives dirigées par une dizaine d'officiels transportant d'énormes dossiers.

Nous débarquons, entourés d’autochtones qui nous proposent leurs services.
En sortant du port nous nous dirigeons vers ce que nous pensons être le centre de la ville mais ce n’était en fait que les quartiers du port,
affreusement sales et malodorants et grouillants de monde ; Finalement nous arrivons devant une plage vraiment trop sale pour que l'on s'y baigne.

 Un peu plus loin, nous rencontrons une française et ses deux enfants. Ils vivent à Alexandrie et ne peuvent sortir du pays car ils n’ont pas de passeport et ne peuvent en avoir.
Elle nous fait faire
un petit tour en ville et nous explique les
changements effectués depuis l'arrivée de Nasser au pouvoir /…/

Nous prenons un taxi qui nous ramène au port à 16 heures (heure d'appareillage). Heureusement le bateau a du retard comme
d’habitude. Beaucoup d’égyptiens sont montés sur le bateau et c’est
vraiment le campement, encore plus qu'avec les grecs. Nous quittons finalement Alexandrie vers
18 heures.

 

VENDREDI 6/8/65

Forte houle : Michel est malade et voit repartir à l'eau le dollar payé pour le repas. Vers I5heures nous arrivons à Limassol, petit port qui semble très joli mais nous ne pouvons descendre car il faut payer un dollar pour nous rendre à terre car il n’y a pas de quai). Faute de bain, nous prenons une douche. Des soldats suédois de l’O.N.U. embarquent. Le Lydia quitte Chypre vers 22heures

Nous nous dirigeons vers le pont arrière regarder les arabes qui dansent.

 

SAMEDI 7/8/65

Nous arrivons en vue de Beyrouth vers 9 heures. Le temps d'accoster et de remplir les formalités, nous mettons pieds sur la terre ferme à 10 heures et demie.

 

 Autres témoignages :


  • A l'escale d'Alexandrie, c'est l'exode, une passagère, R.C. nous  raconte :  
"J'étais sur ce bateau lorsqu'il a fallu quitter l’Égypte. Nous étions, mes parents, mon frère et moi réfugiés, nés en Égypte, Juifs de nationalité française. J'ai un certificat en date du 19/12/1956, signé par le Docteur Dimitri Calogirou, comme [quoi] j'ai été vaccinée contre la variole à bord du Lydia. J'ai un passeport sanitaire de Marseille concernant ma famille - la famille C.... J...... - en date du 22/12/1956. Le voyage sur le paquebot était, je pense, de 3 semaines. Donc nous avons dû partir d'Alexandrie début décembre 1956".Source : http://archives-maritimes.blogspot.fr/search/label/Lydia

Notice :  "Une des répercussions immédiates de la campagne de Suez est la publication, le 23.11.1956, d'une proclamation mentionnant que tous les Juifs sont des sionistes et des ennemis de l'État, et qu'ils seront bientôt expulsés. Quelques  25 000 Juifs, soit à peu près la moitié de la communauté juive, quittent l'Égypte pour s'installer en Europe, notamment en France, aux États-Unis et en Amérique du Sud mais un grand nombre émigre aussi en Israël, après avoir signé une déclaration mentionnant qu'ils quittent le pays volontairement et acceptent la confiscation de leurs avoirs. Un millier d'autres sont emprisonnés". (Wilkipedia)


Cette personne fait également cette demande, à laquelle nous lançons un avis de recherche auprès de tous nos lecteurs :

"Je cherche à savoir les dates de départ du paquebot Lydia en fin novembre ou début décembre 1956 d'Alexandrie en direction de Marseille". Source : http://archives-maritimes.blogspot.fr/search/label/Lydia

Nous lui transmettrons, bien entendu, vos réponses.

  • Un autre témoignage, glané par hasard sur le net : 
"En arrivant sur le parking de Port Barcarès, j’aperçois, échoué dans le sable, une silhouette familière. C’est celle d’un bateau qui m’a amené  autrefois durant huit jours en croisière pour me rendre au Liban. Cette rencontre m’émeut et m’étonne. Revoir ainsi le Lydia, ce vieux navire grec qui m’a offert il y a 15 ans ma première grande croisière en Méditerranée".  Source : http://gcharpentier.unblog.fr/2009/07/

 Source, crédit photo : collection personnelle Olivier Alba, © photothèque Lydia Moonta.

"Que de souvenirs à raconter ici  à mon père. Je suis  heureux  ce jour qu’il  m’accompagne  sur ce vieux bateau échoué volontairement  dans les sables.  Il est devenu une boîte de nuit. Je me souviens alors de ce dortoir dans la soute avec les tonnes de sacs odorants au bout des couchettes étroites et superposées". Source : http://gcharpentier.unblog.fr/2009/07/

Ce dortoir n'est pas celui du Lydia, mais à l'identique du  paquebot Media de la même compagnie :

Source, crédit-photo : Maritime timetable image



Parvient à notre connaissance cet émouvant témoignage :





Xavier Cuvelier-Roy


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