Dernière mise à jour le 03.10.2020
Témoignage de Marc ROGIER :
Il y a quelques années en nous baladant le long de la côte méditerranéenne à Port Barcarès, nous découvrîmes un bateau volontairement échoué sur la plage et qui avait été transformé en restaurant–boîte de nuit. Il s’agissait d’un cargo mixte que je ne reconnaissais pas de loin car la coque était noire mais en m’approchant je découvrais son nom : LE LYDIA ; et celui-là je le connaissais bien ! Mais à l’époque où je l’avais emprunté il était tout blanc et je me plaisais à dire déjà à ce moment-là qu’il s’agissait d’un vieux rafiot ne tenant que par la peinture qui devait être à l’eau…
Cela nous ramène à l’été 1965, j’ai le 2°bac dans la
poche et je me prépare à rentrer en fac. Un soir vers le mois d’avril, assis
avec des copains à boire une bière, la discussion s’est enflammée et, je ne
sais pourquoi, nous avons parié de nous retrouver tous, le 15 août à midi à la
Grand-Poste de Beyrouth. Le défi me plaisait bien, je commençais m’organiser et
avais décidé de partir avec Michel D. (un camarade sympathique mais que je
connaissais relativement peu). Nous avions choisi le bateau, moyen de transport
qui s’annonçait le plus économique pour entamer un voyage qui nous permettra de
visiter le Liban et partiellement la Syrie et la Jordanie. Nous prîmes des
billets pour embarquer sur le fameux Lydia qui tournait régulièrement dans la
Méditerranée avec les étapes suivantes : Marseille, Gênes, Naples, le Pirée,
Limassol, Alexandrie, Port-Saïd, Beyrouth.
S’agissant d’un paquebot mixte, l’intérêt était que
chaque escale durait au moins 6 à 24 heures pour charger et décharger le fret.
C’est le jeudi 29 juillet que nous appareillâmes de
Marseille pour débarquer définitivement le 7 août à Beyrouth. Nous étions en
troisième classe c’est-à-dire logés soit à fond de cale, soit dès que le temps
le permettait, sur le pont. Nous nous ravitaillions dans les ports mais parfois
nous cantinions au « restaurant ». Je garde un excellent souvenir de cette
traversée où nous passions notre temps à lire au soleil sur le pont quand nous
étions en mer. J’aimais quand par grand vent, la mer devenue tempétueuse
prenant une teinte presque noire soulignée par des crêtes d’écume avec un ciel
d’un bleu éclatant, nous balançait dans tous les sens (contrairement à Michel,
mon passage de 20 jour sur le chalutier le « Constantine » m’avait
définitivement endurci contre tout risque de mal de mer).
Parfois le soir, un film était projeté en plein air.
Enveloppés dans nos sacs de couchage à même le pont,
le sommeil n’était pas toujours facile à venir de par les cris, appels et
injonctions des dockers mal couverts par le bruit des grues.
Nous profitions de chaque escale pour visiter le port,
voir éventuellement plus loin la ville selon le temps imparti. Avec deux temps
forts : Naples, et bien sûr Athènes que je retrouvais avec joie. Une mention
spéciale pour le passage impressionnant du canal de Corinthe où je voyais d’en
bas le pont que j’avais emprunté un an auparavant.
CARNET DE BORD (1965, j’ai alors 19 ans)
JEUDI 29/07/1965
Nous
quittons l'appartement de monsieur L. pour nous rendre dans le quartier du port
où nous avons
également quelques emplettes à faire. Il fait déjà très chaud et les bagages à
main sont pénibles à porter.
Nous déjeunons dans un petit café-restaurant du port juste avant d'embarquer
sur le LYDIA, paquebot mixte (qui semble être un véritable rafiot). Nous
faisons la queue pendant trois quart d'heure pour les vérifications des
billets. Nous voilà sur le bateau, un peu désemparés sachant que nous devrons
y rester 9 jours. Apparemment on a l'impression d'être parqués comme des bêtes.
Tout
le monde court, s'affaire et le bateau appareille à 16 heures, donc
avec une heure de retard. Nous longeons la côte pour rejoindre Gènes.
Nous passons donc une bonne partie du temps à admirer le paysage. Le soir nous décidons d’acheter
des sandwichs à la cuisine du navire. Nous en mangeons 4 au fromage et sommes complètement bourrés, puis nous
allons sur le pont avant dormir entre les voitures.
VENDREDI 30/7/65
Nous
n'avons pas passé une bonne nuit, vu que nous avons été dérangés par une idiote
à moitié saoule et
par le bruit des vagues auquel nous ne sommes pas encore habitués. Nous
arrivons à Gènes à 6 heures où nous nous mettons en quête d'une banque. Aussitôt en possession de monnaie
italienne, nous allons prendre un modeste petit déjeuner.
Puis nous nous mettons à parcourir
cette ville dont les petites rues
étroites et grouillantes de monde sont très pittoresques. Nous décidons
d'acheter du pain, du fromage, du saucisson, et des fruits afin de ne plus
avoir à acheter des
sandwichs. Après une brève visite du port (involontaire car nous nous étions
perdus) Nous remontons à bord du Lydia, celui-ci devait quitter Gènes à 15 heures, mais n’appareillons qu’à 17 heures 30. Le
bateau a donc déjà du retard qui sera accentué par une mauvaise mer
ralentissant la marche du navire en le faisant désagréablement tanguer et
rouler. C'est l'heure de La vérité pour la plupart des passagers. Michel ne se
sent pas la force de prendre le repas avec Marc. Le soir nous nous couchons sur
le pont supérieur et Marc reste une petite heure à regarder des jeunes qui dansent malgré le roulis.
SAMEDI
31/7/65
Le
temps est plus clément ce matin et la nuit n'a pas été trop mauvaise. Nous
passons la journée sur le bateau à lire,
à bronzer, et à manger nos
provisions, surtout nos trois kilos de fruits.
Evidement nous n'oublions pas nos deux douches quotidiennes, que
nous allons prendre en deuxième classe en essayant de ne pas se faire, éjecter,
ce qui arrive parfois. Nous faisons connaissance d'un groupe de jeunes de
Clermont-Ferrand avec qui nous jouons aux cartes. Le soir nous arrivons à
Naples, où l’odeur du port n’est pas très engageante. Nous n’y resterons que
deux heures, sans possibilité de débarquer.
L'arrivée de Naples la nuit est cependant très jolie. A II heures nous
repartons vers Athènes.
DIMANCHE 01/08/65
Le
trajet s'écoule toujours aussi monotone, il n'y a donc rien à signaler
LUNDI
2/8/65
Le
canal de Corinthe a offert aux passagers un peu de distractions
Nous avons cependant toujours du retard, aussi
arrivons nous en vue d'Athènes la nuit tombée. La baie du Pyrée illuminée est
magnifique. Aux dire des « officiels » , l'amarrage du Lydia a failli
tourner au tragique: il s'en est fallu de peu parait-il que nous ne rentrions
dans le quai (drossés par le vent) et que nous ne renversions un remorqueur. Le
Lydia a bien envoyé 35 coups de trompe en une demie heure : ça commençait à
tourner à la panique. Enfin grâce à la
virtuosité du capitaine nous sommes arrivés à bon port.
MARDI 3/8/65
Nous
avons essayé de dormir malgré le bruit incessant des treuils, des monte charges
et des engueulades continuelles des manœuvres grecs.
N'ayant pas le temps d'attendre que le groupe de jeunes de Clermont nous
apporte notre petit déjeuner qu'ils chipent à la salle à manger, nous partons visiter Athènes. /…./
Puis
nous repartons en métro pour la plage où nous nous baignons à nouveau, reprenons
une dernière fois le métro et déjeunons au Pyrée avant de remonter à bord du
Lydia qui accuse toujours du retard.
MERCREDI 4/8/65
Vie
habituelle : bronzage, lecture. Un français et surtout sa femme, montés à
Athènes, n’arrêtent pas de se plaindre et de dire qu'ils ont tout fait et tout
vu. Nous décidons de descendre au “restaurant” où l’on doit parfois attendre
une heure pour être servis le serveur n'étant pas toujours de bonne humeur.
JEUDI
5/ 8/65
On
arrive à Alexandrie vers 9 heures. De loin cela nous semble assez triste. Sur
le quai un magicien amuse les passagers pendant que s'effectuent les
paperasseries administratives dirigées par une dizaine d'officiels transportant
d'énormes dossiers.
Nous
débarquons, entourés d’autochtones qui nous proposent leurs services.
En sortant du port nous nous dirigeons vers ce que nous pensons être le centre
de la ville mais ce n’était en fait que les quartiers du port, affreusement
sales et malodorants et grouillants de monde ; Finalement nous arrivons devant
une plage vraiment trop sale pour que l'on s'y baigne.
Un peu plus loin, nous rencontrons une
française et ses deux enfants. Ils vivent à Alexandrie et ne peuvent sortir du
pays car ils n’ont pas de passeport et ne peuvent en avoir.
Elle nous fait faire un petit tour en ville
et nous explique les
changements effectués depuis l'arrivée de Nasser au pouvoir /…/
Nous
prenons un taxi qui nous
ramène au port à 16 heures (heure d'appareillage). Heureusement le bateau a du
retard comme
d’habitude. Beaucoup d’égyptiens sont montés sur le bateau et c’est
vraiment le campement, encore plus qu'avec les grecs. Nous quittons finalement
Alexandrie vers 18 heures.
VENDREDI 6/8/65
Forte
houle : Michel est malade et voit repartir à l'eau le dollar payé pour le
repas. Vers I5heures nous arrivons à Limassol,
petit port qui semble très joli mais nous ne pouvons descendre car il faut
payer un dollar pour nous rendre à terre car il n’y a pas de quai). Faute de
bain, nous prenons une douche. Des soldats suédois de l’O.N.U. embarquent. Le
Lydia quitte Chypre vers 22heures
Nous
nous dirigeons vers le pont arrière regarder les arabes qui dansent.
SAMEDI 7/8/65
Nous
arrivons en vue de Beyrouth vers 9 heures.
Le temps d'accoster et de remplir les formalités, nous mettons pieds sur la
terre ferme à 10 heures et demie.
Autres témoignages :
- A l'escale d'Alexandrie, c'est l'exode, une passagère, R.C. nous raconte :
"J'étais sur ce bateau lorsqu'il a fallu quitter l’Égypte. Nous étions, mes parents, mon frère et moi réfugiés, nés en Égypte, Juifs de nationalité française. J'ai un certificat en date du 19/12/1956, signé par le Docteur Dimitri Calogirou, comme [quoi] j'ai été vaccinée contre la variole à bord du Lydia. J'ai un passeport sanitaire de Marseille concernant ma famille - la famille C.... J...... - en date du 22/12/1956. Le voyage sur le paquebot était, je pense, de 3 semaines. Donc nous avons dû partir d'Alexandrie début décembre 1956".Source : http://archives-maritimes.blogspot.fr/search/label/Lydia
Notice : "Une des répercussions immédiates de la campagne de Suez est la publication, le 23.11.1956, d'une proclamation mentionnant que tous les Juifs sont des sionistes et des ennemis de l'État, et qu'ils seront bientôt expulsés. Quelques 25 000 Juifs, soit à peu près la moitié de la communauté juive, quittent l'Égypte pour s'installer en Europe, notamment en France, aux États-Unis et en Amérique du Sud mais un grand nombre émigre aussi en Israël, après avoir signé une déclaration mentionnant qu'ils quittent le pays volontairement et acceptent la confiscation de leurs avoirs. Un millier d'autres sont emprisonnés". (Wilkipedia)
"Je cherche à savoir les dates de départ du paquebot Lydia en fin novembre ou début décembre 1956 d'Alexandrie en direction de Marseille". Source : http://archives-maritimes.blogspot.fr/search/label/Lydia
Nous lui transmettrons, bien entendu, vos réponses.
- Un autre témoignage, glané par hasard sur le net :
"En arrivant sur le parking de Port Barcarès, j’aperçois, échoué dans le sable, une silhouette familière. C’est celle d’un bateau qui m’a amené autrefois durant huit jours en croisière pour me rendre au Liban. Cette rencontre m’émeut et m’étonne. Revoir ainsi le Lydia, ce vieux navire grec qui m’a offert il y a 15 ans ma première grande croisière en Méditerranée". Source : http://gcharpentier.unblog.fr/2009/07/
"Que de souvenirs à raconter ici à mon père. Je suis heureux ce jour qu’il m’accompagne sur ce vieux bateau échoué volontairement dans les sables. Il est devenu une boîte de nuit. Je me souviens alors de ce dortoir dans la soute avec les tonnes de sacs odorants au bout des couchettes étroites et superposées". Source : http://gcharpentier.unblog.fr/2009/07/
Ce dortoir n'est pas celui du Lydia, mais à l'identique du paquebot Media de la même compagnie :




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